16.03.2007

Qu'est-ce qu'un parti libéral ?

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En réaction au soutien apporté par Edouard Fillias à François Bayrou, je vois passer de singuliers messages de mécontentement qui m'obligent, une fois encore, à revenir aux fondamentaux du libéralisme, sans la connaissance desquels, ce soutien peut effectivement être confondu avec un ralliement qui ferait d'AL une nouvelle "fashion victim".

En tant qu'enseignant, j'ai subi Bayrou, ministre de l'Education nationale comme j'ai subi Allègre et Royal, sa secrétaire d'Etat à l'enseignement scolaire.

La question n'est donc pas de savoir si j'aime Bayrou ou si je voterais pour lui au premier tour. La question n'est pas non plus de savoir si Edouard Fillias, qui se tue la santé à développer AL, est un bon président. Ce n'est pas parce qu'il ondule bien et crève l'écran que sa présidence est légitime mais pour d'autres raisons plus profondes.

Mon souci n'est pas l'avenir politique d'Edouard, ni même celui d'AL, mais l'avenir du libéralisme en France. Je crois en la moralité de la concurrence, bien au-delà du strict cercle économique...

J'aimerais vous causer un peu d'Europe non pas seulement parce que la blogosphère est irrespirable aujourd'hui (je vous invite à aller sur les blogs, entre autres, de Sabine Hérold, d'Edouard Fillias et d'Aurélien Véron pour l'oxygéner) mais j'espère que chacun a compris que nous ne sommes pas le club des amis du libéralisme français et qu'il n'est pas question d'attendre 2008 pour préparer les municipales ni de se mettre soudainement le 1er janvier 2009 à sauter comme des cabris pour crier "L'Europe, l'Europe !".

Ceux qui pensent que la déclaration du 13 mars de notre candidat à la présidentielle est une déclaration de circonstance dictée par les 24% d'intentions de vote attribuées à Bayrou, ne comprennent rien à la politique européenne et à ce que peut y faire un parti libéral.

Depuis la création d'AL en mars 2006, Edouard se réfère à deux modèles européens le FDP allemand et les "Liberals Democrats" irlandais et que je sache aucune des voix qui aujourd'hui s'élèvent contre le soutien d'Edouard à Bayrou, n'ont contesté la pertinence de ces références.

Quel a été le rôle de ces deux partis ? Le premier, sans perdre son âme, dans les années 60, en s'alliant tantôt au parti démocrate-chrétien, tantôt au SPD, a inspiré le miracle économique allemand. Le second, dans les années 90, par la même alliance, a fait passer l'Irlande de statut de pays assisté à celui de petit dragon de la zone Euro.

Le socle idéologique du FDP est constitué par "l'ordolibéralisme" allemand développé, entre autres, par Walter Eucken et Wilhelm Röpke. Le concept d'économie sociale, adopté par Bayrou, et qui nous fait bondir a priori, est en fait inspiré du concept "d'économie sociale de marché" qui est au centre de l'ordolibéralisme allemand (et qui n'est plus utilisé seulement par les libéraux. J'ai entendu Merkel s'y référer lors de son dernier passage en France).

Les "ordolibéraux" jugeaient qu'après 50 ans de sociale-démocratie et 12 ans de nazisme qui avaient fait perdre aux Allemand le sens de la responsabilité individuelle, les solutions libérales ne pouvaient être acceptées qu'en alliant le discours social et éthique au discours économique. Ils ont donc conçu et défendu le concept "d'économie sociale de marché" qui a été largement assimilé par la nouvelle Allemagne Fédérale.

Je ne crois pas avoir lu le mot Europe sur les commentaires récents de nos blogs et intranets. J'ai le triste sentiment que nous n'avons pas mesuré la portée de la présence au Bataclan d'Annemie Neyts, député européen, présidente de l'ELDR, parti européen transnational qui regroupe nombre des partis libéraux et démocrates de l'UE.

Brel avait beau jeu de se moquer des Fla, des Fla, des Flamandes mais quand on l'a vu ainsi nous causer, la Flamande, presque en aparté, sur le ton de la confidence des difficultés à vivre l'UE de l'intérieur, comme si nous étions "des amis de 30 ans", à défaut de faire lever les foules, quelle justesse de ton !

Nous allons désormais devoir être à la hauteur de l'incroyable confiance qu'une personnalité aussi considérable qu'Annemie Neyts nous accorde.

Que cela plaise ou non, nous sommes, explicitement depuis le Bataclan, les représentants français de ce grand courant européen qui entre la démocratie chrétienne et le socialisme allie (ce qui n'a rien à voir avec un "ni-ni") les libéraux aux "démocrates" (avec certes leur démangeaison collectiviste, mais nos sociaux-libéraux ne sont pas en reste).

Au sein du groupe ADLE - Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe au Parlement européen, notre principal référent le FDP appartient à ce groupe; il en est même sans doute le parangon puisqu'à Freie Demokratisch Partei on ajoute désormais die Liberalen : les Lib Dem anglais n'ont eu qu'à faire du copier-coller.

Marielle de Sarnez n'est pas seulement directrice de campagne de Bayrou, elle est également vice-présidente de l'ADLE. Elle n'est pas passée au Bataclan pour faire un courant d'air. Sa présence nous invitait à méditer sur l'espace politique que nous entendons occuper : en France l'alliance dem/lib ne serait donc pas interne à un parti comme en Allemagne et en Angleterre (et comme en France lorsque Madelin avait pris le PR). Elle aura donc deux jambes : le nouveau parti qui naîtra de l'UDF pour la jambe démocrate et AL pour la jambe libérale.

Aussi le soutien à Bayrou n'est-il pas un pari mais correspond à l'espace que nous occupons naturellement dès lors que nos frontières n'ont plus la seule forme d'un hexagone.