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28.05.2007
le défi de Férial : un candidat peut-il penser en faisant campagne ?
Lorsque, le 20 janvier 2006, j'ai commis l'imprudence d'adhérer à un parti politique pour la première fois de ma vie, je me suis fixé deux objectifs pour le moins ambitieux : le premier était de faire un score supérieur au meilleur résultat de Ferdinand Lope, l'éternel et inénarrable candidat du Quartier latin qui n'a jamais dépassé les 250 voix.
Le second obljectif - démesuré - était de continuer à penser tout en faisant de la politique.
La mesure emblématique du programme de Ferdinand Lope était la continuation du boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer afin de permettre aux étudiants de se délasser sans encombre le week-end. La politique de circulation de M. Delanoë ne permettant plus de sortir à temps de l'Ile-de-France, je demande plus modestement la poursuite de la rue de la Convention jusqu'à Levallois (pour une fois que je propose une mesure dirigiste et modérée). Ce qui permettrait aux habitants du 15e - enclavés par une politique de transport dictée par le monopole et non pas le libre choix - de se délasser sur l'île de la Jatte, immortalisée par Seurat et par l'abstention de Cécilia au deuxième tour de l'élection présidentielle.
Quand à la prétention de penser tout en faisant campagne, mon éditeur a bien raison de juger cette posture "pittoresque". Une campagne électorale est une joute sans pitié qui laisse peu de place à d'autres sentiments que ceux que nous devons à nos ancêtres de l'âge des cavernes. Pour peu qu'on s'y donne à temps plein comme Edouard et moi-même dans les 12e et 13e circonscription de Paris, on devient un monstrueux papivore qui se nourrit de tracts, d'affiches et de sticker et qui n'a plus aucun appétit pour la fameuse "food for thought" d'où nous croyions tenir toute notre humanité... et surtout notre libéralisme.
Mais c'était compter sans Férial Furon qui n'est pas à un défi près. Songez qu'elle se présente comme candidate anticorruption contre Patrick Balkany, élu recyclé par l'UMP. Ayant déjà réussi le miracle de "crever l'écran" dans sa circonscription tant à Levallois qu'à Clichy - où sur les marchés elle passe avec facilité du français à l'arabe - elle pourrait en faire d'autres comme celui de parvenir à me faire réfléchir, ne serait-ce que le temps d'un café politique.
Les libertins aimaient se moquer au XVIIIe siècle du peu d'aptitude supposé des femmes pour les choses de l'esprit, les femmes, comme le disait Voltaire, n'étant censée n'avoir de bon que ce qu'elles ont de meilleur : comment l'esprit vient aux femmes aimaient-on titrer en évoquant naturellement tout autre chose. Mardi soir la situation sera inversée. Férial parviendra-t-elle à me rendre ce cerveau dont j'étais si fier avant de déposer ma candidature ? Rien n'est moins sûr.
Il est vrai que le sujet est délicat et qu'il ne se prête pas facilement aux prouesses : le libéralisme est-il de droite ?
Je vais tâcher de prendre de la hauteur par rapport à la politique. Un peu de philo ne nous ferait pas de mal. Avez-vous remarqué que je n'ai fait aucun commentaire sur le nouveau président depuis son élection ? Non que je juge que son action se passe de commentaires (et, entre autres, j'interviendrai en temps voulu sur ce qu'on nous présente comme la "réforme phare" de la législature - "l'autonomie" des universités) mais parce que l'atmosphère irrespirable qui règne dans ma circonscription, où j'ai le sentiment de me livrer à une véritable guérilla urbaine, me donne envie d'oxygène.
Je vois déjà le lecteur sourire à l'idée de l'association du mot "oxygène" avec celui de "Levallois"... oui, c'est vrai l'endroit est mal choisi. Mais à Levallois, il y Férial sans qui cette ville n'aurait décidément aucun charme.
Militer avec Edouard dans le 15e, c'est des vitamines au quotidien ! Mais entendre Férial, qui n'a pas fondé ce parti mais l'a rejoint au début de cette année, c'est ce qui me donne la conviction qu'AL a de l'avenir. La voire défendre bec et ongles le programme d'AL face aux corrompus des deux bords, à la fois socialistes et conservateurs, qui scellent de fait leur alliance objective (l'alliance antilibérale des conservateurs et des socialistes n'est-ce pas aussi l'axe de la politique européenne depuis le milieu du XIXe ?), la voire y croire de toute son âme, flamboyante, impitoyable pour tout ce qui n'incarne pas les valeurs libérales de la république : liberté, tolérance, reponsabilité, vérité, progrès, laïcité, c'est comme prendre des vacances.
Que je parvienne à mettre une pensée devant l'autre mardi soir ou non, je suis au moins certain d'une chose : je reprendrai mon "carquois" (ou je range mes affiches) et mes flèches mercredi dans le 15e plus fort et plus combatif que jamais.
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